Action mars 2022 bis

DEUX POIDS, DEUX MESURES : ÇA SUFFIT ! (« Nous sommes tous des Ukrainiens ! »)

Une série d’actions sont prévues :
•  Interpellation de l’Union européenne (en préparation)
•  8 mai : incrustation dans l’Europe Day for Ukraine march and charity concert, avant notre délicate exfiltration par les forces de l’ordre. Visionner ici la vidéo.
  1er mai : interpellation des autorités fédérales
  9 avril-27 juin : pétition adressée avec succès (1.000 signatures collectées) au Parlement bruxellois.
  3 avril  : participation, avec deux morceaux de notre boîte en carton, à la manifestation des sans-papiers de la Zone neutre expulsés de la KBC le 31 mars, depuis leur camp provisoire place de Ninove jusqu’aux bureaux du Secrétaire d’État à l’Asile, à la Migration et à la Géométrie variable… boîte en carton qui s’est retrouvée derrière Pierre Verbeeren, le Coordinateur régional Ukraine pour le gouvernement bruxellois, lors de son interview du 7 avril, au cours de laquelle il ne nie pas le DEUX POIDS, DEUX MESURES, mais le présente dans une perspective optimiste.
  30 mars : invitation à prises de parole publique, place de l’Albertine, contre toutes les formes que prend la politique du DEUX POIDS, DEUX MESURES. Certains ont accepté d’être filmés à côté de notre boîte en carton.
  11 mars : envoi d’un communiqué de presse « Solidarité discriminatoire, ça suffit ! »

Motivation de l’action :
OUI, on se félicite des nombreux et divers élans de solidarité en faveur des réfugiés ukrainiens, depuis les plus hautes sphères de l’État et jusqu’aux simples citoyens, en passant par les Régions, les CPAS, les communes et les associations de terrain… mais NON, on ne peut tolérer que 1) les milliers de personnes dans une situation matérielle comparable et 2) les milliers de réfugiés d’autres guerres n’aient pas provoqué les mêmes élans de solidarité.

Cette politique du DEUX POIDS, DEUX MESURES prend, avec la crise ukrainienne, une telle dimension qu’on ne peut rester sans réaction. Les immenses* savent mieux que quiconque ce que cette politique signifie au quotidien, dans toutes les dimensions de leur vie : ils sont des victimes quasi « naturelles » du DEUX POIDS, DEUX MESURES. Bref, un sentiment d’injustice plus profond que jamais touche les personnes qui, faisant face aux mêmes besoins, se demandent légitimement pourquoi elles sont exclues, parfois depuis des années, des droits, services, protocoles, facilités et autres procédures fluidifiées mis en place du jour au lendemain en faveur des seuls Ukrainiens.**

Cette politique du DEUX POIDS, DEUX MESURES − non démentie : lire Pierre Verbeeren ci-dessous − est la résultante de deux facteurs : 
 
1) Les réfugiés ukrainiens ne sont pas (encore) des immenses
Ils ne sont pas des allocataires sociaux habituels et des usagers réguliers des services sociaux, c’est-à-dire qu’ils menaient, avant l’invention russe, une vie dite « normale ». Pour le dire plus adéquatement, les réfugiés ukrainiens ne sont pas des immenses, ce sont des escapés* tombés du jour au lendemain, à cause d’une guerre totalement injustifiée, dans l’immensité*. Et ça change tout, visiblement. Tomber lentement et discrètement, et sans doute partiellement, imagine-t-on, par sa faute, dans l’immensité tiendrait d’une fatalité sociétale acceptable et acceptée (« Il y a toujours eux des bras cassés, des exclus, des laissés-pour-compte, des déclassés, des très pauvres, des SDF… »). En revanche, y tomber subitement, spectaculairement et sans que l’on puisse en être estimé responsable, est sociétalement inacceptable. Le résultat est pourtant le même d’un côté comme de l’autre : des milliers de personnes en non-logement ou en mal-logement. Sauf qu’on se satisfait de faire le minimum pour les uns et qu’on s’emploie à faire le maximum pour les autres.***

2) Les réfugiés ukrainiens sont blancs de peau et d’origine chrétienne
L’identification aidant, une sorte de racisme spontané semble irrépressible. Et aux accusations lancinantes d’une forme de racisme d’État, la ministre fédérale Karine Lalieux oppose bien sûr un démenti… mais celui-ci n’en est pas un. En effet, elle n’explique pas le cœur juridique du DEUX POIDS, DEUX MESURES, à savoir pourquoi la directive européenne datant de 2001 et qui cadre l’octroi d’une « protection temporaire » en cas d’afflux massif de personnes déplacées a été activée, pour la première fois, pour les Ukrainiens alors qu’elle ne l’a pas été pour les Syriens, Soudanais,  Afghans, Libyens ou encore Érythréens.

Avec une plus grande liberté de parole, Pierre Verbeeren, le Coordinateur régional Ukraine pour le gouvernement bruxellois, ne nie pas que l’on peut « regarder en arrière en disant ‘Il y a discrimination !’ » même s’il « préfère regarder en avant et dire » que plus rien ne devrait être comme avant, puisque :
1) « ce qu’on met en place pour les Ukrainiens va servir demain pour les sans-abri » et
2) à « la prochaine crise [provoquant l’arrivée massive de réfugiés], ça va quand même être compliqué de refuser le statut de ‘protection temporaire’ à une autre population [que des Européens] ».

En attendant, et pour mesurer l’étendue concrète du DEUX POIDS, DEUX MESURES, il suffit de lire attentivement les 25 pages de l’officielle Stratégie d’intégration des Ukrainiens dans le tissu bruxellois datée du 4 avril, avec, en tête, non les 20.000 réfugiés ukrainiens destinés à être pris en charge par la Région bruxelloise, mais les 5.313 personnes sans chez-soi dénombrées en 2020 sur le même territoire. Comment, après, ne pas se demander pourquoi cette fantastique mobilisation est possible pour éviter que les réfugiés ukrainiens ne s’installent dans l’immensité alors que la même mobilisation − actionnant donc les mêmes leviers (aides financière, soins de santé, cellule psychologique, formation… et surtout et avant tout, l’hébergement et le relogement immédiats) − est impossible pour permettre aux immenses de se sortir de l’immensité ?

Conclusion
Comme l’avait déjà démontré la crise sanitaire****, la crise ukrainienne démontre avec une force décuplée que, s’agissant de mettre les bouchées doubles en matière de non-logement ou de mal-logement pour toutes et tous, quand on veut, on peut.

On ne peut plus dire désormais : « On ne peut pas ! »

Une seule raison expliquera désormais qu’on ne mette pas les bouchées doubles en matière de non-logement ou de mal-logement pour toutes et tous : « On ne veut pas ! »

Le Syndicat des immenses n’est pas le seul à s’insurger contre ce DEUX POIDS, DEUX MESURES, loin s’en faut. Des voix s’élèvent de toutes parts, comme jamais.***** Une raison de se montrer optimiste pour l’avenir, concernant le traitement 1) des immenses et 2) des prochains réfugiés de guerre ?******

En guise de réponse, un article et ces deux dessins extraits du Siné Mensuel d’avril 2022…

… et un GIF à l’adresse des autorités fédérales :

* Le Syndicat des immenses s’attache à forger des mots permettant de mieux comprendre la réalité de la (sur)vie des personnes en non-logement ou en mal-logement :
immense est la dénomination, ni stigmatisante ni réductrice, desdits sans-abri, sans-domicile, sans-logis, sans-papiers, SDF, précaires, mal-logés ou habitants de la rue. C’est l’acronyme de « Individu dans une Merde Matérielle Énorme mais Non Sans Exigences ».
– L’immensité est le biotope des immenses. C’est l’acronyme de « Immersion dans une Merde Matérielle Énorme, non Sans Impact sur la Trajectoire de l’Émancipation ».
escapé·e est la dénomination des personnes non-immenses. C’est l’acronyme de « Enclos·e dans le Système mais Capable Aisément et Périodiquement de s’en Échapper ».

** Concrètement, pour les Ukrainiens, le RIS (revenu d’intégration social) va être accordé automatiquement, des budgets spécifiques seront alloués aux CPAS en leur faveur, un millier de logements sociaux inoccupés vont être accessibles en Flandre, la réquisition de logements collectifs est envisagée en Wallonie, un grand bâtiment a été ouvert en Région de Bruxelles-Capitale, l’obligatoire « enquête sociale » préalable à toute aide délivrée par les CPAS est allégée, l’hébergement chez des habitants est encouragé et facilité par l’État fédéral, des cellules de soutien psychologique spécifique sont mises en place, une rubrique « UKRAINE » est ouverte sur le site du SPP Intégration sociale, l’Union européenne déploie une aide massive en vue, entre autres, d’un accès pour les réfugiés ukrainiens à l’emploi, à l’éducation, à l’hébergement et au logement, la STIB accorde des abonnements gratuits ou à tarif social aux Ukrainiens enregistrés, l’INAMI leur ouvre le droit à l’assurance pour les soins de santé, des colis sont réservés, au détriment des bénéficiaires habituels, dans les épiceries sociales, des guichets d’accès prioritaire sont prévus dans certains CPAS, le service de traduction SETIS est mobilisé, la page d’accueil d’une grande banque s’ouvre sur une proposition de don en faveur des Ukrainiens, le Secrétaire d’État à l’Asile, à la Migration et à la Géométrie variable se découvre une fibre humanitaire, etc., etc., etc. Un article éloquent de La Libre du 6 avril ou du Canard enchaîné du 30 mars, d’Alter Échos du 17 mars, parmi mille autres.

*** A l’appui de cette thèse, cette phrase, significativement récurrente : « Il y a même des universitaires à la rue ! Des médecins, d’anciens avocats…  » En d’autres termes : des escapés sans chez-soi, contrairement aux immenses de longues dates, ce n’est pas « normal » (illustration par cette capture d’écran d’un JT présentant un Ukrainien devenu « SDF » du jour au lendemain). En encore d’autres termes : Laurent d’Ursel s’est méchamment trompé lorsqu’il appelait angéliquement en 2015 les « SDF » (sic) à être plus « sexy » ; il aurait dû leur conseiller de ressembler à des « escapés juste tombés malgré eux dans l’immensité ».

**** Lire à ce sujet « Fêter la Saint-Covid le 13 mars ? » dans Les immenses lancent le débat, pages 76-99.

***** La plus spectaculaire prise de conscience de ce DEUX POIDS, DEUX MESURES est le mea culpa du maire français Robert Ménard, étiqueté extrême-droite. Et même l’apolitique directeur général de l’OMS, le docteur Tedros, s’insurge.

****** Ironie de l’Histoire, l’Ukraine est financée par l’Union européenne pour retenir dans des « camps de rétention » des réfugiés indésirables frappant aux portes de l’Europe. Lire ici (en bleu).