Textes

1. Un visage

Dans la glace obscure, un visage éclot – pâle météore aux paupières d’orage, il tremble, étranger à lui-même, comme un rêve mal fixé dans l’aube.
Les traits se défont en éclats de silence, la bouche hésite entre cri et lumière, et les yeux – deux gouffres bleus – aspirent l’infini jusqu’à s’y perdre.
Qui est-il, ce spectre familier, ce frère né d’un reflet fragile ? Je le touche – il fuit ; je le nomme – il se brise, et déjà son nom ruisselle hors du verre.
Le miroir ment, ou bien révèle trop : car sous la peau glisse un autre visage, plus ancien que le sang, plus vif que l’instant, une braise d’être, indomptable et nue.
Alors je détourne l’aube de mes yeux – mais lui demeure, suspendu dans le froid, comme un secret que le monde refuse

2. Le plat pays

Dans ce pays sans soir
Où les vents tournent en rond
Où les routes sans mémoire
Ne mènent jamais au fond Il y a quatre piliers
Qui tiennent debout les hommes
Quatre raisons d’exister
Quand plus rien ne les nomme Il y a d’abord la rue
Qui vous prend, qui vous use
Qui vous laisse à moitié nu
Sous les regards qui refusent
Et puis il y a la faim
Qui vous creuse et vous parle
Qui vous tient par la main
Quand la nuit vous accable
Dans ce pays sans soir
Où l’on dort sans horizon
Où les lampes sans espoir
Veillent sur les abandons
Il y a aussi le froid
Qui vous serre et vous casse
Qui vous apprend malgré soi
À disparaître en surface
Et puis il reste le cœur
Oui le cœur qui s’entête
Qui s’accroche aux lueurs
Même quand tout est défaite
C’est le dernier pilier
Dans ce monde qui s’efface
C’est ce qui fait respirer
Ceux qu’on oublie en silence
Dans ce pays sans soir
Je les ai vus debout
Malgré le vent, le noir
Malgré le manque de tout
Et leurs quatre piliers
N’étaient faits que de rien
Mais c’était leur fierté
Et c’éSt leur lendemain

3. Etre mère

Je porte en moi des chapitres que personne ne voit
Des nuits sans sommeil, des matins sans miroir
Des batailles silencieuses gagnées sans victoire
Et pourtant, chaque jour, je me relève, je crois
On ne m’a pas appris comment tenir le monde
Quand il tient tout entier dans deux bras qui tremblent
On ne m’a pas dit que l’amour serait une onde
Qui déborde, qui submerge, et jamais ne ressemble
Être mère, c’est pas juste un mot posé sur un papier
C’est des peurs qui s’invitent sans jamais demander
C’est des « ça va aller » qu’on répète pour soi
Alors qu’on doute en silence, mais qu’on avance quand même, droit
Cest apprendre à tomber sans faire de bruit
Pour ne pas réveiller ceux qui rêvent encore
C’est sourire fatiguée au milieu de la nuit
 Et trouver de la force quand y’en a plus dans le corps
Je suis fière, ouais, fière sans médaille ni trophée
Fière d’avoir grandi en même temps que toi
Fière de ces moments qu’on n’a jamais filmés
Mais qui font de moi ce que je suis, pas à pas
Parce qu’être mère, c’est pas être parfaite
C’est aimer plus fort que ses propres tempêtes
C’est se perdre un peu pour mieux se retrouver
Dans un regard d’enfant qui apprend à aimer
Et si un jour je doute de tout ce que je suis
Je regarderai tes yeux, j’y verrai ma vie
Et dans ce reflet-là, sans bruit, sans détour
Je saurai que j’ai réussi… juste en donnant de l amour