Pourquoi « i.m.m.e.n.s.e. » ?

« Immenses », « immenscapé·e·s » et « escapé·e·s »

immense est l’acronyme de « Individu dans une Merde Matérielle Énorme mais Non Sans Exigences ». C’est la nouvelle dénomination, ni réductrice ni stigmatisante, des personnes autrefois appelées « SDF », « sans-abri », « sans-papiers », « sans-logis », « précaires » ou « habitants de la rue ».

Avantages :

  • Fin de l’hypocrite euphémisme qui ne trompe personne (« usagers », « bénéficiaires », « gens », « public » voire « clients ») : on spécifie le problème matériel de la personne.
  • Fin de la stigmatisation : on ne réduit pas les personnes à leur problème matériel, et, partant, on a moins la détestable tentation de les mettre toutes dans le même sac.
  • Fin de la pirouette faussement non-négative (« habitants de la rue ») : qui veut d’un trottoir en guise de salon et d’un asile de nuit en guise de chambre à coucher ?
  • Le nom immense est clairement positif, valorisant, enviable.  

Attention (1) : « immense » n’est pas une identité !

Un·e immense n’est jamais seulement un·e immense. Comme l’adepte d’une religion ne se réduit pas à sa foi. Comme tel·le ressortissant·e a plus que des origines. Comme la personne porteuse d’une maladie vit aussi autre chose que sa maladie. Tout le monde a des désirs, des compétences, des projets, des frustrations, des angoisses, des hauts et des bas, et toutes les identités sont multiples, protéiformes et croisées. Cela va sans dire ? Pas si sûr, et d’autant moins que la personne est perçue souvent / se perçoit parfois comme étant « au bas de l’échelle sociale ». Comme les immenses.

Attention (2) : qui dit « immense », dit « escapé·e » !

Comment désigner une personne non-immense ? « escapé·e », acronyme Enclos·e dans le Système mais Capable Aisément et Périodiquement de s’en Échapper.

Comme quoi les personnes communément admises comme les plus « intégrées » et « insérées » le sont en fait le moins, parce qu’elles ont les moyens (financiers, culturels, psychologiques, matériels, intellectuels…) de « s’échapper », à commencer par un logement.

Attention (3) : qui dit « immense » et « escapé·e », dit « immenscapé·e » !

Il arrive très souvent qu’une personne soit un·e immense dans telles dimensions de son existence et un·e escapé·e dans telles autres dimensions, et ces dimensions peuvent aussi évoluer dans le temps et selon les circonstances, dans un sens ou dans un autre.

D’où le mot-valise « immenscapé·e ».

En d’autres termes, les mots immense et escapé·e n’opèrent pas une opposition binaire, forcément conflictuelle, concurrente et irréductible. C’est plutôt les extrêmes d’un continuum qu’ils dessinent.

REMARQUE : autres déclinaisons de l’acronyme « immense »

Des membres ou sympathisants du Syndicat des immenses ont proposé :

  • Individu dans une Merde Matérielle Énorme et Néanmoins Squatteur exemplaire (Abdelkader Amoura)
  • Individu dans une Merde Mentale / Morale Énorme mais Non Sans Exigences (Benoît Tielemans)
  • Individu dans une Merde Matérielle Énorme mais Non Sans Existence (anonyme)
  • Individu en Manque de Maison et donc Écœuré de Nidifier dans un Squat Épié (Abdelkader Amoura)
  • Individu Malmené et Méprisé, s’Expropriant et obligé, car Nullepartout pour cause de Sparadisme, de s’Étoiler (Jonathan Carrier)